Zombie, Zombie, Zombie.

En 1994, j’avais été touchée par une chanson. « Zombie » des Cranberries traitait des guerres et des populations qui en subissent les dommages collatéraux. Ça parait de circonstances. Et ce titre, cette question, c’est également ce qu’on se demande quand on ne comprend pas le comportement d’autrui… Zombie, y aurait-il des morts vivants parmi nous ?

Réponse …

Mai 2025, je suis percutée par un livre…. Ta promesse, de Camille Laurens.

Pourtant, l’ouvrage semblait commencer un peu platement, et j’ai un temps craint qu’il ne lève pas, comme certains soufflés qu’ont été quelques livres ou films précédents sur le même sujet : la manipulation perverse et ses ravages.

Crescendo, le livre finit par vous faire entrer dans la tête même d’un manipulateur pervers, révélant les causes, mécanismes, rouages, et justifications s’il en est de ses actes. What’s in your head ? Qu’as-tu dans le crâne, voilà la question que se posent mes clients au sujet de leur proche dysfonctionnel. Le livre explore avec finesse les rouages de la création d’une telle personnalité, ou plutôt d’une absence de personnalité, car le PN – comme on l’appelle – est l’anti être, un masque derrière lequel il n’y a pas de visage. Un Zombie ? Marionnettiste de métier, le zombie Gilles du roman se décrit lui-même comme un caméléon nourri aux modèles empruntés aux films ou livres ou opéras qu’il épluche minutieusement, les autres étant de simples figurants, pantins ou automates au service du masquage de son vide intérieur. Tout y est très bien décrit, du gaslighting aux flying monkeys, du benching au zombeing, du leveling à la triangulation, …

Mais les points qui m’ont vraiment impactée sont la précision avec laquelle sont décrits le mécanisme de recrutement, la faille de la victime, le renforcement intermittent, la conception de l’amour du PN et le lien traumatique ! Tout y est ! Un travail d’orfèvre !

Quand on comprend que le PN a besoin d’entretenir une illusion d’un nous pour maintenir une illusion du soi, c’est un énorme pas en avant ! Et c’est extrêmement bien décrit par Gilles, en toute conscience mais avec le seul niveau de conscience dont il est capable avec son faux self !!! On se demande toujours s’ils savent… Ils savent, comprennent les bénéfices pour eux de leurs actes et le reste (souffrance et destruction de leur entourage) est hors champ de vision, voire sujet de délectation, de triomphe…  En fait ils ont un plan, mais comme ils n’ont pas d’empathie ni de décentrage, rien en dehors de la survie de leur masque et de leur illusion ne peut compter. « L’amour, c’est quand on y croit » affirme Gilles, et voilà l’illusion partagée des débuts en fanfare de ces relations fantasmatiques, et ici naît ce nous bâti de nulle part, dans un irénisme souvent surprenant : regarde comme on est pareils…. « L’amour, c’est tant qu’on y croit », et voilà le processus de dévalorisation et de rejet (« discard ») qui se met en route. Ce discard… être jeté aux orties, aux poubelles, aux oubliettes, que je compare souvent au tapis qui vous est soudain retiré de sous les pieds… Voilà ce qui arrive quand le PN n’y croit plus car il ne lit plus dans vos yeux l’admiration béate dont il a un besoin vital. Il ne croit plus en cet amour, en « nous » et donc en lui-même, à travers vous, il ne parvient plus à croire suffisamment en son masque.

Le processus de connexion est parfaitement décrit dans le roman. Il s’agit d’un véritable recrutement. D’ailleurs, une cible qui ne passera pas certains tests d’acceptation de la maltraitance sera éjectée très rapidement. Au sein de ce processus, dans cette phase d’approche, le PN fera en sorte que vous livriez vos plus grands failles… et il vous donnera l’illusion – dont il a autant besoin que vous – d’une connexion unique…

Pour en revenir à la détection des failles de la proie, le monologue intérieur de Gilles en décortique les étapes minutieuses : « Tu repères où le bât blesse, puis dans l’aveu de la blessure tu retiens à la fois ce qui peut la panser et ce qui va l’infecter » En identifiant ces vulnérabilités et en adoptant ce que l’autrice Camille Laurens qualifiera de plan de vol, le PN pourra alterner les fameux rôles du triangle de Karpman : sauveur, bourreau sans oublier victime dans un retournement sordide des responsabilités. Et voilà les racines de ce renforcement intermittent qui va installer ce lien traumatique dont il est si difficile de sortir. Quand la même main tient tantôt la carotte et le bâton, l’esprit devient confus et le corps se retrouve envahi de substances chimiques contraires, violentes et pour certaines très addictives. Ce lien traumatique, c’est le ciment de l’emprise.

Camille Laurens dévoile bien ce que je répète à tous mes clients : la fin d’une relation avec ces esprits torturés est inconcevable pour eux, sauf à ce qu’elle soit choisie par eux… et ce n’est pas une réelle fin… « C’est sans fin, finir serait mourir », expose Gilles. « Tu n’as pas envie qu’elle t’oublie », voilà le plan sournois d’emprise et d’empreinte souhaitée par le manipulateur. Et pourtant, quand on a bien décortiqué ces relations-là, la fin était prévue dès le début, et le roman en atteste « Le début de l’histoire contient sa fin ». Ce que le PN ignore pourtant sincèrement c’est que son objectif – bien au-delà de la fusion nécessaire et de l’emprise – est la fin de la relation…. Cet objectif est logé bien trop profond dans ce qu’il reste de son identité, comme une sorte de recherche permanente du graal qui pourrait le libérer de son errance relationnelle : rompre enfin avec sa figure d’attachement maternel primaire. Pour le savoir, il lui faudrait une capacité d’introspection à laquelle il renonce quotidiennement.

Quand on fréquente des PN, on réalise qu’ils sont toujours à l’affût de nouvelles stratégies. Un jour, en échangeant avec l’un sur le comportement d’un autre, il me demande « ça marche, ça ? » et j’ai compris qu’il venait d’ajouter un tour dans son sac.

Quand on fréquente des PN, on sait qu’ils connaissent la partie visible de leur fonctionnement mais qu’ils ne peuvent plus faire autrement.

Ils ont besoin de garder la main, d’être au centre de la scène. Et tout leur process est vital pour eux ! Et l’exploration du cerveau de Gilles continue, dans ce monologue intérieur indicible : « Tu ne supportes pas le bonheur de l’autre à moins d’en être le principe absolu ». Et c’est jusqu’à l’anéantissement de la proie. « Tu aimerais qu’elle meure. Moins elle vit, plus tu respires ». Le plus simple, ce serait que l’autre – la proie exsangue et rejetée – se suicide…. Le livre explore même la piste de la tentative de meurtre, et on constate exactement cela dans ces relations hautement toxiques. Toxique semble même un qualificatif doux et ingénu au regard du fantasme du pouvoir de vie et de mort du PN sur sa proie. Dans le cas de Gilles, l’échec de cette tentative le déçoit et le soulage en même temps. Il exprime avec un soupçon de sarcasme que sa déception de l’échec de ladite tentative est le prix à payer pour que sa proie vive un peu. J’ai même vu des PN provoquer une possible situation mortelle pour se placer comme sauveurs in extrémis et demander des remerciements à la proie qu’ils avaient tenté de zigouiller. Quand je dis à mes clients que c’est sans limites, c’est sans limites…

Tout est dit ! Quand un client/une client qui vit avec un PN contrôlant me dit qu’elle/il peut « tenir », qu’il/elle veut rester encore le temps que les enfants grandissent un peu, je lui demande toujours : que doit-il encore se passer pour que vous preniez la décision de partir ? Voulez-vous attendre réellement que l’irréparable se produise, qu’il/elle ait réussi à vous faire interner ou emprisonner, ou qu’il/elle s’en soit pris à votre vie ?

Je ne dévoilerai pas le contenu de la promesse, pierre angulaire de ces relations infernales. Mais je sais aujourd’hui que ceux qui font ou demandent des promesses exorbitantes en début de relation vous la rappelleront probablement un jour. N’oubliez pas, les promesses n’engagent que ceux qui les croient, ou que ceux qui sont bien trop corrects pour ne pas s’en affranchir au moment où ils réalisent le piège de cette confiance aveugle. Une promesse scelle parfois un pacte….


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